L'église Sainte-Sophie de Constantinople,
« la plus glorieuse église de la chrétieneté » pendant neuf siècles
(entre sa constuction par l'Empereur Justinien
au VIe siècle et la chute de Constantinople le 29 mai 1453)
LÉglise, Corps mystique du Christ
Organisation de lÉglise orthodoxe
LOrthodoxie en Europe dexpression française
LOrthodoxie en Amérique du Nord et au Québec
Tableau : Les orthodoxes dans le monde
Pour aller plus loin
LÉglise, Corps mystique du Christ
LE PÈRE VOUS DONNERA
UN AUTRE PARACLET Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour quil soit avec vous à jamais, lEsprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce quil ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce quil demeure auprès de vous et quil est en vous... Le Paraclet, lEsprit Saint, que le Père enverra en mon Nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (Jn 14, 16-17 ; 26).Ils virent apparaître des langues quon eût dites de feu ; elles se partageaient et il sen posa une sur chacun deux. Tous furent alors remplis de lEsprit Saint (Ac 2, 3-4).
Ainsi, nous, à plusieurs, nous ne formons quun seul corps dans le Christ (Ro 12, 5).
Puisquil ny a quun pain, à nous tous nous ne formons quun seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique (1 Co 10, 17).
Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il ny en a plus. Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle sest fait belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. Jentendis alors une voix clamer du trône : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes » (Ap 21, 1-3).
La vision orthodoxe de lÉglise repose sur la promesse du Christ, la veille de sa Passion, denvoyer le Saint Esprit sur ses disciples (Jn 14,16-17) et la réalisation de cette promesse le jour de la Pentecôte (Ac 2,3-4).
La conception orthodoxe de lÉglise est trinitaire : lÉglise est une icône, c'est-à-dire une image, de la Sainte Trinité, illustrant le mystère de lunité dans la diversité : " Dans la Trinité, les trois Personnes sont un seul Dieu et cependant chacune est une personne complète ; de la même manière lÉglise unit en elle la multitude des êtres humains, mais en préserve la diversité personnelle inaltérée " (Mgr Kallistos Ware). De même quà lintérieur de la Trinité les Personnes sont autonomes et égales, ainsi lÉglise est composée dÉglises autocéphales indépendantes et aucune dentre elles, ni aucun évêque, ne peut prétendre à un pouvoir absolu sur les autres Églises ou évêques.
Lentité fondamentale de lÉglise est donc lÉglise locale : les chrétiens dun endroit défini, regroupés autour de leur évêque, assisté par les prêtres et les diacres. Sous linspiration de lEsprit Saint, cest lévêque, en tant que successeur des Apôtres, qui assure lunité de lÉglise locale, et cest la conciliarité des évêques qui assure lunité de lÉglise entière. Un Concile est une expression de la nature trinitaire de lÉglise, car de même que les personnes de la Trinité agissent en unité, lÉglise agit en unité lorsque les évêques décident dun commun accord. Cest pour cette raison que les orthodoxes attachent beaucoup dimportance aux sept Conciles cuméniques et considèrent quaucun Concile tenu depuis 787 ne mérite dêtre appelé " cuménique ", c'est-à-dire dont les décisions sont valables pour lÉglise entière.
La conception orthodoxe de lÉglise est aussi eucharistique et christologique : le mystère de lÉglise se réalise et se vit essentiellement à travers le mystère eucharistique. Lex-pression " Corps du Christ " sapplique à la fois à la Sainte Communion et à lÉglise. Ceux qui partagent la communion au Saint Corps et au Précieux Sang du Christ deviennent et sont le Corps du Christ, lÉglise. Cest pour cette raison aussi que lÉglise orthodoxe tient à ce que seuls les orthodoxes communient à la Divine Liturgie, car partager la même coupe, cest partager la même foi, cest aussi être " en communion " avec tous ceux qui ont mangé et bu de cette coupe - lÉglise est le rassemblement autour du repas eucharistique, elle est lunité des croyants, le " peuple royal ", réuni pour la " fraction du pain " et la " bénédiction de la coupe " (cf. Ac 2,42-46). La théologie de lÉglise orthodoxe est avant tout une théologie de communion.
LÉglise est pneumatologique (de lEsprit) dans la mesure ou lÉglise est le prolongement de la Pentecôte, de la descente de lEsprit Saint sur les Apôtres, événement qui, toujours et sans cesse, forme et constitue lÉglise. La Pentecôte est accomplie et vécue lors de chaque rassemblement eucharistique : " Nous tinvoquons, nous te prions et nous te supplions : envoie ton Esprit Saint sur nous et sur les dons qui sont présents ici ", prie le prêtre au moment de lépiclèse de la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome.
Le Symbole de Foi de Nicée-Constantinople décrit lÉglise comme étant " une, sainte, catholique et apostolique ". LÉglise du Christ est une et universelle ; elle sétend à tous les hommes, à tous les temps, à tous les lieux ; sa foi est celle qui a été reçue toujours, partout, par tous ; elle ne pense et ne vit quunanimement : cest ce quexprime le mot " catholique ". LÉglise est sainte, non en ce sens que tous ses membres soient effectivement saints, mais parce que la sainteté est la vocation de tous et que lÉglise possède et offre aux fidèles les moyens de sanctification. LÉglise est apostolique, parce quelle se réclame de la tradition des Apôtres et parce que, par le mystère de limposition des mains au moyen duquel se transmet tout office pastoral, elle remonte jusquà eux.
LÉglise comprend beaucoup de personnes qui lui sont en apparence étrangères ou hostiles. Toute personne fidèle à la mesure de lumière qui lui a été donnée participe à la grâce, à la vie du Christ, lors même quelle ne connaîtrait pas le Christ ; ces âmes remplies de bonne volonté, quel que soient leur ignorance ou leurs défauts, sont des membres invisibles de lÉglise. Car lÉglise déborde de tout cadre visible ; aussi ne faut-il pas la concevoir comme une organisation juridique, sous le seul aspect temporel.
Dans la conception orthodoxe, cest lÉglise tout entière qui est infaillible, parce quelle est le Corps du Christ ; cette infaillibilité ne repose pas sur une personne, ni même sur une collectivité, tels que les Conciles dévêques. Lexpression de cette infaillibilité est peut-être la plus évidente lorsque les évêques, réunis en Concile universel, prennent une décision librement. Cependant, une décision en matière de foi ou de dogme doit être en quelque sorte entérinée par lÉglise tout entière. Cest ainsi que les décisions de certains Conciles auxquels ont participé des évêques orthodoxes, notamment les Conciles dunification de lÉglise dOrient et de lÉglise romaine, en 1274 et en 1438-39, ont été rejetées par le peuple orthodoxe et sont considérées comme invalides.
La tradition orthodoxe professe quune vraie communion existe entre les saints glorifiés, tous les défunts et nous-mêmes. Nous nadorons pas les saints, mais nous pouvons nous adresser à Dieu par leurs prières et nous recommander à leur intercession. En vénérant la mémoire de la Mère de Dieu, celle des Apôtres, des martyrs, des Pères, des saints ascètes et des autres saints, en honorant leurs images et leurs reliques, cest à Dieu, qui sest manifesté en eux, que lon rend hommage. Aussi, nous prions pour les défunts, de même quils intercèdent pour nous, les vivants : car lÉglise est aussi la communion des saints, l'union du ciel et de la terre dans la Liturgie qui ne cessera jamais.
Organisation de lÉglise orthodoxe
LÉGLISE Là où est lÉglise, là aussi est lEsprit de Dieu, et là où est lEsprit de Dieu, là est lÉglise et toute sa grâce.
Saint Irénée de Lyon (IIe siècle)
Il y a beaucoup dÉglises et pourtant il ny a quune Église.
Un homme ne peut avoir Dieu pour Père sil na pas lÉglise pour Mère.Saint Cyprien de Carthage (IIIe siècle)
Le Corps du Christ auquel les chrétiens sont unis par le baptême devient la racine de notre résurrection et de notre salut.
Saint Athanase dAlexandrie (IIIe siècle)
LÉglise est le paradis terrestre dans lequel le Dieu du ciel demeure et se meut.
Saint Germain de Constantinople (VIIIe siècle)
LÉglise, cette grande baie par laquelle le Soleil de Justice pénètre dans le monde des ténèbres.
Saint Nicolas Cabasilas (XIVe siècle)
LÉglise du Christ n est pas une institution, cest une vie nouvelle avec le Christ et en Christ.
Père Serge Boulgakoff (XXe siècle)
Dans lopacité du monde déchu, lÉglise est la brèche ouverte par la Croix triomphale, et par cette brèche lamour trinitaire ne cesse de se déverser dans la lumière de la Résurrection.
Olivier Clément (XXe siècle)
Comme nous lavons vu, le principe canonique fondamental de l'organisation de lÉglise orthodoxe est celui de l'église locale ou territoriale : un seul évêque en un même lieu, formant avec les prêtres et les fidèles un diocèse ; les diocèses vivent leur unité autour de centres d'accord ou de communion entre les églises locales. Il s'agit d'abord des métropoles, puis des Églises autocéphales (c'est-à-dire élisant leur propre primat) ou autonomes (l'élection du primat est confirmée par une Église autocéphale). Les Églises autocéphales correspondent soit à des communautés de civilisation, ayant été ou étant redevenus missionnaires (ainsi Alexandrie pour l'Afrique, Antioche pour le monde sémitique), soit à des communautés nationales. À l'échelle universelle enfin, depuis le schisme du XIe siècle, c'est lÉglise de Constantinople, ou le Patriarche cuménique, dont le siège est à Istanbul (Turquie), qui dispose d'une primauté d'honneur et d'un certain rôle d'initiative et de présidence dans l'ensemble de lÉglise orthodoxe.
Se fondant sur le concept de léglise locale, la Tradition orthodoxe a toujours favorisé lutilisation de la langue locale, la langue parlée par le peuple, comme langue liturgique. Les principales langues liturgiques dans le pays de tradition orthodoxe sont le grec, le slavon, larabe, le roumain et lukrainien. Le slavon est une langue liturgique utilisée par les lÉglises de Russie, de Serbie et de Bulgarie. Il a été élaboré par les saints Cyrille et Méthode au Xe siècle, au moment de la conversion des premiers peuples slaves au christianisme, et basée sur la langue parlée par le peuple slave autour de Salonique à cette époque. Les communautés orthodoxes occidentales utilisent les langues nationales de leurs pays et les communautés dimmigrés orthodoxes se servent de plus en plus des langues locales, parfois en alternance avec les langues dorigine pour les offices liturgiques.
LÉglise orthodoxe comprend aujourd'hui les quatre patriarcats anciens (Constantinople, Alexandrie, Antioche (siège à Damas) et Jérusalem), le patriarcat de Moscou (établi en 1589), les patriarcats de Serbie (1920), Roumanie (1925) et Bulgarie (1953), l'antique Église de Géorgie, dont les origines remontent au IVe siècle, ainsi que les Églises autocéphales ou autonomes dont le primat porte soit le titre d'archevêque (Églises de Chypre, Grèce, Finlande et Albanie), soit celui de métropolite (Église de Pologne, République tchèque et Slovaquie, Amérique et Japon).
Cette organisation canonique en évêchés territoriaux et autocéphales est celle des quatre patriarcats anciens qui avant la séparation de lOrient et de lOccident, formaient avec Rome la " Pentarchie ", ainsi que des Églises de constitution plus récente, en Europe de l'Est, généralement situées dans des terres traditionnellement orthodoxes. Cependant, il n'en va pas encore ainsi partout ailleurs. En Europe occidentale, en Amérique du Nord et en Australie, continents où les communautés orthodoxes se sont implantées à plus grande échelle au XXe siècle, l'application du principe territorial ne se trouve qu'à peine ébauchée. Ainsi en 1970 une Église autocéphale a été proclamée en Amérique où lÉglise orthodoxe est présente depuis la fin du XVIIIe siècle, mais cette Église, lÉglise orthodoxe en Amérique, ne réunit qu'une minorité, importante il est vrai, des fidèles du continent américain. Si des organismes de coordination s'établissent peu à peu au niveau des épiscopats de différents pays, les diocèses restent encore fondés sur des critères ethniques et ils dépendent généralement de leurs Églises autocéphales d'origine.
LOrthodoxie en Europe dexpression française
Pendant le premier millénaire du christianisme, toute lEurope, occidentale comme orientale, faisait partie de la même Église " indivise ". Le Grand Schisme de 1054 a divisé une première fois lÉglise en deux grandes parties et une seconde fracture sest effectuée en Occident lors de la Réforme. LÉglise orthodoxe garde précieusement la mémoire de lÉglise indivise, avec lespoir de retrouver de nouveau cette unité de la confession de la foi entre lOrient et lOccident.
Cette mémoire de lÉglise se manifeste par exemple dans la commémoraison des saints occidentaux du premier millénaire, qui sont généralement fêtés le même jour en Orient et en Occident, par exemple Sainte Geneviève de Paris, le 3 janvier. Il en va de même pour les grands papes de cette période, comme saint Léon le Grand, considéré comme un Père de lÉglise par lÉglise orthodoxe, et le pape saint Grégoire le Grand, à qui est attribuée la Liturgie des saint Dons présanctifiés, célébrée en semaine pendant le Grand Carême.
Après la rupture entre lOccident et lOrient, les rapports entre les deux branches de lÉglise sont restés tendus, sinon ouvertement conflictuels, pendant des siècles. Les communautés de tradition orientales en Occident, notamment à Ravenne et en Sicile, disparaissent avec le temps, de même que la communauté des Bénédictins dAmalfi installée au Mont Athos. Les croisades, la prise de Constantinople en 1204 et léchec des tentatives dunion entre lOrient et lOccident au XIIIe et au XVe siècles vont douloureusement agrandir le fossé entre les deux.
Ce nest quà lépoque moderne que des communautés issues de pays de tradition orthodoxe sétablissent en Europe occidentale. En 1816, à la suite de loccupation de Paris par les troupes russes, une paroisse russe est instituée dans la capitale, et en 1820 la première paroisse grecque en France est fondée à Marseille. Les premières églises orthodoxes en France remontent au milieu du XIXe siècle : léglise de la Dormition de la Mère de Dieu à Marseille en 1845 ; la première chapelle roumaine à Paris en 1853 ; et en 1860, avec le rattachement de Nice à la France, léglise Sainte-Alexandra qui devient la première église russe érigée en France. Léglise russe de Saint-Alexandre-de-la-Néva à Paris a été inaugurée en 1861 et léglise grecque Saint-Étienne, également à Paris, en 1895.
Avant la Première guerre mondiale, la présence orthodoxe en Europe occidentale a son origine surtout dans les activités commerciales et les relations diplomatiques et culturelles entre les pays européens et ceux de tradition orthodoxe. Avec la Première guerre mondiale et les grands événements politiques et sociales qui en résultent en Russie et en Turquie, ce sont les arrivées massives dimmigrants et de réfugiés qui ont alimenté les communautés orthodoxes : deux vagues dimmigrants grecs, lune après loccupation de la Dodécanèse par lItalie, lautre après la catastrophe dAsie mineure, où plus dun million de Grecs sont massacrés ou expulsés par létat turc ; puis, à partir de 1920, cest larrivée de réfugiés russes fuyant la révolution bolchevique. À ces communautés se sont ajoutés des Bulgares, des Serbes et des Roumains, surtout après la Deuxième guerre mondiale, et des Arabes chrétiens, dont le nombre en Occident a considérablement augmenté suite aux conflits au Liban.
Le Métropolite Euloge, exarque du Patriarcat de Moscou installé a Paris en 1923, a été le premier évêque orthodoxe résident en Europe occidentale. Sous son omophore, la communauté russe, regroupée autour de lÉglise, sest caractérisée par une activité intense dans plusieurs domaines : les arts et les publications, lentraide, les associations culturelles et sociales, la théologie, liconographie et la musique sacrée. En 1925, des jeunes théologiens et liturgistes dorigine russe fondent la Confrérie Saint-Photius à Paris, dont le but était duvrer pour lindépendance et luniversalité de lOrthodoxie. Parmi les grands théologiens et liturgistes associés à la Confrérie Saint-Photius figurent Eugraph Kovalevsky (devenu plus tard Mgr Jean de Saint-Denis), le liturgiste et musicologue Maxime Kovalevsky, le théologien Vladimir Lossky et liconographe Léonide Ouspensky.
En 1925 également lInstitut de théologie orthodoxe Saint-Serge a été fondé pour dispenser un enseignement théologique, dabord en russe, et plus tard en français. LInstitut Saint-Serge servait les besoins croissants de la communauté russe en France, puis, avec le temps, des orthodoxes partout en Occident. Le premier et, pendant longtemps, le seul institut de théologie orthodoxe en Europe occidentale, lInstitut Saint-Serge a joué et continue de jouer un rôle capital dans lenseignement théologique en Europe occidentale et même en Amérique du Nord. Parmi les grands théologiens de lInstitut Saint-Serge sont le père Serge Boulgakov et Paul Evdokimov, ainsi que les pères Jean Meyendorff et Alexandre Schmemann, qui ont également enseigné au Séminaire Saint-Vladimir à New-York.
En même temps que les communautés dimmigrés des pays orthodoxes renforçaient la présence orthodoxe en Occident, des Occidentaux " de souche " découvrent lÉglise orthodoxe et sy joignent, créant, avec les enfants dimmigrés nés en Occident, une demande pour des services liturgiques en français et en dautres langues occidentales. La première célébration de la Divine Liturgie en français a eu lieu à lInstitut Saint-Serge en 1927 et en 1928 la responsabilité de la première paroisse orthodoxe de langue française a été confiée au père Lev Gillet, connu par la suite par son pseudonyme, " Un moine de lÉglise dOrient ". Après la Deuxième guerre mondiale, des paroisses orthodoxes entièrement francophones sont constituées sous limpulsion du père Eugraph Kovalevsky, pratiquant un rite occidental, et à partir de années 70, lutilisation du français comme langue liturgique devient de plus en plus répandue dans beaucoup de paroisses de rite byzantin.
Le monachisme orthodoxe est largement représenté en France. Le premier monastère orthodoxe en Europe occidentale, Notre-Dame-de-Toute-Protection à Bussy-en-Othe (Yonne), a été fondé en 1946. Aujourdhui, il y en France une vingtaine de communautés monastiques orthodoxes, une en Suisse et deux en Belgique. Il y a aussi une communauté de laïcs orthodoxes, présidée par un prêtre et son épouse : le Centre d'études et de prière Sainte-Croix en Dordogne. Sainte-Croix pratique la vie communautaire et la prière commune et il partage la foi en proposant des sessions, des retraites et des rencontres ouvertes à tous.
Pour des raisons historiques, les paroisses, monastères et centres orthodoxes en Europe occidentale se regroupent en diocèses selon leurs origines ou les circonstances de leur fondation et dépendent de leurs patriarcats respectifs. La concertation formelle entre les différentes juridictions orthodoxes représentées en France remonte à 1939. Un comité permanent inter-orthodoxe a été fondé en 1943 et en 1967 est créé le Comité inter-épiscopal orthodoxe, devenu lAssemblée des évêques orthodoxes de France en 1997. Instance réelle de concertation, de coordination et de communication, lAssemblée des évêques orthodoxes, présidée par le représentant du Patriarche cuménique en France, regroupe les évêques orthodoxes canoniques résidant en France.
En parallèle et dans un esprit de collaboration, la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale est une association orthodoxe qui sest donné pour tâche depuis une quarantaine dannées de susciter des échanges et un rapprochement entre les orthodoxes de toutes origines. Elle organise notamment des congrès trisannuels réunissant des orthodoxes de toute lEurope occidentale pour lier amitié, prier et réfléchir ensemble sur les grands thèmes touchant lOrthodoxie.
On compte aujourdhui environ 150,000 orthodoxes et 150 lieux de culte orthodoxe en France, dont une vingtaine dans la seule ville de Paris.
En Belgique, la première chapelle orthodoxe à Bruxelles date de 1862. Au fil des ans, aux orthodoxes d'origine grecque, russe, ukrainienne, serbe, roumaine et bulgare appartenant à diverses Églises locales se sont joints des Belges de souche. LÉglise orthodoxe en Belgique compte cinq évêques, 37 paroisses et environ 50,000 fidèles. L'État belge a reconnu officiellement le culte orthodoxe en 1985. Une loi de 1988 prévoit l'organisation pratique de l'exercice de ce culte ; elle stipule que l'organe représentatif de l'ensemble de l'Église orthodoxe est le Métropolite-Archevêque du Patriarcat cuménique de Constantinople ou son remplaçant. Des cours de religion orthodoxe sont enseignés dans les écoles officielles du pays qui en ont formulé la demande. Depuis le début de 1994 l'Église orthodoxe a ses propres émissions aux deux radios officielles belges.
En Suisse, lévénement fondateur et décisif de létablissement de la foi chrétienne est sans aucun doute le martyr de la légion thébaine. Saint Maurice et ses 2,000 compagnons ont péri dans le défilé dAgaune au IIIe siècle, plutôt que de sacrifier à lempereur Maximien. Lécho en fut si considérable que saint Athanase dAlexandrie est venu se recueillir sur le tombeau des martyrs lors dun de ses exils. Au VIe siècle saint Maire a tant fait pour la conversion des habitants de lactuelle Suisse romande, quon le compare à saint Martin de Tours. Plus tard, le Jura se peuple dermites et les monastères fleurissent. La Suisse romande faisait alors partie des métropoles de Besançon et de Lyon ; cest ainsi que la Suisse romande est née à la foi dans lÉglise des Gaules, la plus importante des églises locales dOccident du Ve au VIIIe siècles.
LOrthodoxie a repris pied en Suisse au XVIIIe siècle, lors du passage des troupes du maréchal russe Souvaroff durant les guerres de la Révolution française. La paix revenue, les estivants russes fortunés lancent ce qui allait devenir une des industries les plus florissantes du pays, le tourisme. Établis le long du lac Léman, ils construisent deux églises, à Vevey et à Genève. Au XXe siècle, lémigration grecque des armateurs, puis des ouvriers, construit une église à Lausanne en 1922, puis le centre du Patriarcat de Constantinople à Chambésy près de Genève et fonde dautres paroisses en Suisse alémanique. Dès les années 30, le Patriarcat de Moscou établit des paroisses à Zurich, puis à Genève et à Payerne, ainsi quun monastère à Dompierre. Les émigrés de lancienne Yougoslavie forment environ soixante pour cent des quelques 80,000 à 100,000 orthodoxes vivant en Suisse. Aujourdhui, il existe en tout trente communautés orthodoxes en Suisse.
Après la longue coupure suite au schisme du XIe siècle entre lÉglise dOrient et lÉglise dOccident, la foi orthodoxe est devenue, depuis un siècle et demi, une réalité vivante en Europe occidentale. Aux commerçants, représentants diplomatiques, artisans et réfugiés des pays de tradition orthodoxe établis en Europe occidentale se sont joint des occidentaux " de souche, " à la recherche de lexpression authentique du christianisme. Participant activement au mouvement cuménique, lOrthodoxie occidentale contribue à la redécouverte par les chrétiens dautres confessions de la tradition théologique, liturgique et spirituelle de lÉglise indivise du premier millénaire, à travers, par exemple, la sublimité de la liturgie byzantine, la beauté des icônes et des chants orthodoxes, la prière de Jésus et la spiritualité hésychaste.
LOrthodoxie en Amérique du Nord et au Québec
LOrthodoxie a été introduite en Amérique du Nord par des missionnaires russes uvrant dans les Îles aléoutiennes et en Alaska, alors possession Russe, à partir de 1794. Beaucoup dAléoutes et dInuit sont devenus chrétiens à cette époque, et aujourdhui encore, lAlaska est un haut lieu de la présence orthodoxe en Amérique du Nord.
Cette activité missionnaire a aussi donné à lAmérique du Nord ses premiers saints orthodoxes : saint Germain dAlaska (+1837), saint Innocent dAlaska (+1879), Pierre lAléoute (martyrisé en 1815), et saint Tikhon (+1925). Saint Tikhon, évêque de lAmérique du Nord, y compris le Canada, entre 1898 et 1905, est devenu patriarche de Moscou en 1917 et il est décédé en 1925 aux mains des Soviétiques.
Aux États-Unis continental et au Canada, ce sont les immigrants des pays de culture orthodoxe qui ont implanté la foi orthodoxe : dabord les Grecs, dès le milieu du XIXe siècle la première communauté orthodoxe grecque a été fondée en 1864 à la Nouvelle-Orléans -, puis les Ukrainiens et les Russes au début du XXe siècle, et, en plus petit nombre, des Roumains, Bulgares et Serbes, suivis dune deuxième vague des pays de lEurope de lEst après la deuxième guerre mondiale, et finalement les chrétiens arabes, suite à lintensification des conflits au Moyen-Orient dans les années 1970.
On compte aujourdhui environ 600,000 à 700,000 orthodoxes au Canada, dont un grand nombre dans les provinces de lOuest et les grandes villes du Québec et de lOntario. Il y a environ 85,000 orthodoxes au Québec, où la présence orthodoxe est surtout visible à Montréal. La région montréalaise compte une vingtaine de paroisses orthodoxes, dont onze paroisses grecques (Patriarcat cuménique), trois paroisses ukrainiennes (Église orthodoxe ukrainienne du Canada), trois paroisses arabes (Patriarcat dAntioche), une du Patriarcat de Roumanie et une du Patriarcat de Serbie. LÉglise orthodoxe en Amérique a quatre paroisses à Montréal : une russe, une francophone, une anglophone et une roumaine.
Dans les années 1950, le clergé multi-ethnique desservant les paroisses montréalaises a fondé lAssociation du clergé orthodoxe du Québec, qui organise certaines activités communes. Cest surtout durant le Grand Carême que se manifeste cette unité orthodoxe ; les vêpres solennelles sont célébrées en commun le premier dimanche du Carême, le " Dimanche de lOrthodoxie ". LAssociation du Clergé soutient aussi des conférences, un concert des chorales orthodoxes et une émission de radio, " Regards Orthodoxes ", diffusée chaque dimanche après-midi, de 14h00 à 15h00, sur les ondes de Radio Ville-Marie (91,3 FM à Montréal, 100,3 FM à Sherbrooke). Cette émission, animée par une équipe de bénévoles, a pour but de mieux faire connaître lOrthodoxie au grand public. Depuis janvier 1998, grâce aux efforts de lAssociation du clergé et de laïcs orthodoxes, lUniversité de Sherbrooke offre un Certificat de théologie orthodoxe à son campus de Longueuil. Les cours sont offerts aux orthodoxes et à toute personne désireuse de se familiariser avec la théologie orthodoxe.
La vie monastique orthodoxe connaît un modeste début au Québec depuis quelques années. La Communauté monastique de Saint-Séraphim-de-Sarov, qui a son siège à Rawdon, au nord-est de Montréal, regroupe plusieurs moines, vivants à Rawdon, Montréal, Sherbrooke, Amos, Halifax et St-Eusèbe-de-Témiscouata (Bas-du-Fleuve). Aussi, une petite communauté de moniales venues de Grèce, augmentée de novices québécoises, a fondé un monastère près de Lachute.
Bien que la communauté orthodoxe francophone soit modeste, la Divine Liturgie et les offices orthodoxes sont célébrés en français régulièrement à Montréal, Rawdon, Amos et St-Eusèbe-de-Témiscouata.
PAYS DE TRADITION ORTHODOXE
Russie2 50 000 000
à 80 000 000Chypre2 550 000
Ukraine3 20 000 000
Liban 370 000
Roumanie2 19 800 000
Syrie1 300 000
Grèce2 9 000 000
Albanie2 165 000
Serbie2 8 000 000
Rép. Tchèque
et Slovaquie60 000
Bulgarie2 6 000 000
Estonie3 75 000
Biélorussie 6 000 000
Finlande3 58 000
Moldavie 3 000 000
Égypte1 18 000
Géorgie2 2 000 000
Jérusalem1 et
Cisjordanie15 000 Macédoine 1 000 000
Turquie1 5 000
Pologne2 1 000 000
Sinaï2 100
DIASPORA
États-Unis4 5 000 000
Suède 94 000
Australie 1 000 000
Mexique4 75 000
Canada4 680 000
Chili 70 000
Allemagne 660 000
Bénélux 67 000
Brésil 180 000
Italie 32 000
France 150 000
Suisse 23 000
Argentine 140 000
MISSIONS
Kenya 400 000
Afrique du Sud 38 000
1 Sièges des quatre patriarcats traditionnels : Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.
2 Église autocéphale.
3 Église autonome.
4 Le statut dÉglise autocéphale a été accordée à lÉglise orthodoxe en Amérique par le Patriarcat de Moscou en 1970 ; elle regroupe environ un million des cinq à six millions dorthodoxes en Amérique du Nord.
Clément, Olivier, L'Église
orthodoxe. PUF (Que Sais-Je), 1998.
Evdokimov, Paul, LOrthodoxie. Desclée de Brouwer,
1979.
Lossky, Vladimir, Essai sur la théologie mystique de l'Église d'Orient.
Cerf, 1990.
Meyendorff, Jean, Initiation à la théologie byzantine.
Cerf, 1975.
Meyendorff, Jean, LÉglise orthodoxe hier et aujourdhui.
Seuil, 1995.
Ware, Timothy, L'Orthodoxie : L'Église des sept conciles.
Desclée de Brouwer, 1998.
Yannaras, Christos, La foi vivante de lÉglise : Introduction
à la théologie orthodoxe. Cerf, 1989.
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