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Icônes de l'iconostase de la cathédrale
Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Montréal, Québec
Introduction aux Pages Amour divin - Amour humain
Logo des Pages Amour divin - Amour humain
À chacun je voudrais donner mon âme par sainte Marie de Paris
L'Amour au cœur du Christianisme par Paul Ladouceur
Plan des Pages Amour divin - Amour humain
Le Pardon des péchés par l'Amour
Je jette mon âme à leurs pieds par sainte Marie de Paris
L'Univers est composé d'Amour
Nos auteurs / Pour aller plus loin
Dans un monde où l’amour est trop souvent soit manquant soit déformé au point où l’on ne sait plus reconnaître l’amour véritable, dans un monde où l’amour souvent semble absent même dans les religions, dans un monde où, pour beaucoup, la religion devient un prétexte pour la violence, nous souhaitons avec ces Pages sur le thème Amour divin - Amour humain réaffirmer la place centrale, essentielle, incontournable, de l’Amour dans le christianisme.
Jésus nous dit : « Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! » (Lc 12, 49). En quoi consiste ce feu ? Le feu, c’est l’Amour, et le feu brûle devant le trône de Dieu (cf. Ap 8,5 ; Lv 16,12 ; Éz 10,2). C’est le fleuve de l’Amour de la Sainte Trinité qui se répand sur la terre. D’abord un fleuve d’Amour, non point un fleuve de châtiment, en lequel tous sont appelés à s’immerger. Car saint Jean l’Évangéliste écrit : Dieu est Amour (1 Jn 4,8) et c’est en cet Amour que consiste le devoir et le devenir de l’humanité.
Par ces pages nous souhaitons avant tout faire connaître les multiples expressions de l’Amour divin et de l’amour humain chez les écrivains orthodoxes du XXe siècle. Notre choix de textes, cependant, dépasse le cadre chrétien pour inclure quelques écrits sur l’amour représentatifs d’autres traditions spirituelles : l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme. Car si l’amour tient la place d’honneur parmi les thèmes principaux du christianisme, chaque grande tradition spirituelle de l’humanité souligne la prééminence de l’amour. En fait, plusieurs de nos auteurs, par exemple les évêques Georges Khodr et Kallistos Ware ainsi que les pères Lev Gillet, Dumitru Staniloae et Alexandre Men, sont connus pour leur ouverture œcuménique et interreligieux.
Nos textes sont représentatifs d’une vaste gamme d’écrits du XXe siècle sur l’Amour : spirituels, théologiques, pastoraux ; parmi les auteurs se trouvent des évêques, des prêtres mariés, des moines et des moniales, des théologiens laïcs. Nous vous invitons à poursuivre ces lectures à l’aide de la page « Nos auteurs / Pour aller plus loin » ici-bas.
Le logo de ces Pages Amour divin - Amour humain représente le Buisson Ardent. Dans l'épisode du livre de l'Exode (Ex 3), Dieu se révèle à Moïse depuis un buisson qui brûle mais qui n'est pas consumé par les flammes. De même, l'amour divin pour chaque personne humaine est un « feu dévorant » qui ne consume pas pour autant la personne, mais lui laisse toute sa liberté. Notre image provient de la couverture du livre du père Lev Gillet The Burning Bush, qui contient le texte d'une retraite prêchée en Angleterre sur le thème du Buisson Ardent. Voir la page Le Seigneur-Amour par le père Lev Gillet.
À chacun je voudrais donner mon âme
À chacun je voudrais donner mon âme
pour que mangent les affamés,
soient couverts les nus, se désaltèrent les assoiffés
et que les sourds entendent la Nouvelle.
Du ciel qui tonne au murmure de la brise,
tout me commande : « Donne jusqu’au dernier sou. »
De la plénitude grave d’une expérience sacrée
mon âme est pleine à déborder.
Et j’ai oublié : s’il y a parmi la multitude
ce que tous appellent « moi »,
il n’y a plus que planement d’amour, et pauvreté,
et pulsation de la totalité.Sainte Marie de Paris
(Mère Marie Skobtsov)
par Paul Ladouceur
La place centrale de lamour dans le christianisme est fondée sur la vie et les paroles du Christ : lamour est le seul vrai commandement évangélique. Au légiste qui le questionne sur le commandement le plus important la Loi il sagit ici de la Loi mosaïque, donc en fait lAncien Testament tout entier Jésus répond : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes (Mt 22,36-41). Par cette réponse Jésus réunit les deux Testaments dans la continuité dun seul message, lamour. Lamour est donc non seulement au plein centre du christianisme, mais il est aussi le devoir et le devenir de lhumanité.
Cest dans cet esprit que nous nous réjouissons de la première encyclique du pape Benoît XVI Deus caritas est Dieu est amour dont le point de départ se trouve dans la première épître de saint Jean lÉvangéliste, épître consacrée essentiellement à lamour divin, dans ses deux sens, amour de Dieu pour lhumanité et amour des hommes pour Dieu. Ces pages sur le thème de lamour a été conçu bien avant la publication de lencyclique Deus caritas est, car nous avons voulu avant tout faire connaître les multiples expressions de lamour chez les écrivains orthodoxes du XXe siècle. En guise d’introduction, nous voulons simplement rappeler les plus importants fondements néo-testamentaires sur l’amour en tant que cœur du christianisme, de la vie chrétienne.
Si Jésus a exprimé au légiste dune façon magistrale ce que Dieu attend de lhomme, maintes autres événements de sa vie illustrent non seulement lamour concret envers ceux en détresse, mais ils soulignent les implications du « commandement de lamour ». Au Pharisien qui invite Jésus à manger et chez qui une femme sintroduit, une pécheresse connue, qui oint les pieds de Jésus dun parfum dispendieux et les lave de ses larmes, Jésus répond lorsque son hôte passe un jugement intérieur sur Jésus à cause du geste de la femme : « Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne mas pas versé deau sur les pieds ; elle, au contraire, ma arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne mas pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, na cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu nas pas répandu dhuile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds. A cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce quelle a montré beaucoup damour » (Lc 7,44-47).
Lenseignement de Jésus sur lamour pose une exigence des plus difficiles pour les hommes, qui ont lhabitude de faire des distinctions dans lamour : aimer celui-ci ou celle-la, ne pas aimer un autre, détester ou haïr un autre. Ce nest pas la nature de lAmour divin ; Dieu aime tous et toutes, toute sa Création. Jésus nous demande de dépasser les limites de lamour conditionnel inhérent à notre situation dexil du Royaume de Dieu, afin justement de pouvoir jouir du Royaume, même en cette vie. Lexigence la plus terrible de Jésus est celle de lamour des ennemis : Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux (Mt 5,43-45) ; et encore : Je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre ; à qui t'enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. A quiconque te demande, donne, et à qui t'enlève ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement. Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on ? Même les pécheurs en font autant. Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l'équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants. Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. Donnez, et l'on vous donnera ; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu'on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour (Lc 6,27-38).
Lors de son discours à la Dernière Cène avec ses Apôtres, Jésus revient encore et encore sur le thème de lamour ; lamour de lhomme pour ses frères et ses surs est un reflet de lamour de Dieu pour les hommes : Comme le Père ma aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés Nul na plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis Ce que je vous commande, cest de vous aimer les uns les autres (Jn 15, 9-17).
Dans la grande prière « sacerdotale » pour ses disciples, qui termine ce discours, Jésus exprime le terme de lamour, la finalité de lhomme et la raison de sa venue sur la terre :
Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, queux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu mas envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu mas donnée, pour quils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin quils soient parfaits dans lunité, et que le monde reconnaisse que tu mas envoyé et que tu les as aimés comme tu mas aimé. Père, ceux que tu mas donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin quils contemplent ma gloire, que tu mas donnée parce que tu mas aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne ta pas connu, mais moi je tai connu et ceux-ci ont reconnu que tu mas envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que lamour dont tu mas aimé soit en eux et moi en eux (Jn 17,20-26).
Le dernier texte évangélique que nous voulons évoquer est léchange entre Jésus et Pierre après la Résurrection, où Jésus demande trois fois à Pierre sil laime : Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » - « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime. « Jésus lui dit : « Pais mes brebis. » Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. « (Jn 21, 15-17).
Avant dêtre un échange qui aurait une incidence sur le rôle de Pierre dans le collège des apôtres, le récit souligne avant tout, encore une fois, lexigence de lamour : la vocation de lhomme est dabord daimer Dieu, hier, aujourdhui, demain. Si lamour de Dieu envers les hommes est constant, il nen nest pas ainsi pour lamour des humains : nous pouvons aimer aujourdhui, mais pas demain. Chaque jour Jésus nous demande : Maimes-tu ? Chacun jour, comme Pierre, il nous incombe de répondre : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime.
On peut voir dans le texte grec de cet échange une exigence damour encore plus élevée. La première et la deuxième fois que Jésus demande à Pierre : Maimes-tu ?, le texte grec utilise le mot agapas, du substantif agapè, mot habituellement désigné pour exprimer lAmour divin. Pierre répond avec le mot philo, du substantif philia, qui exprime lamour humain. À la troisième échange, Jésus utilise le mot phileis et Pierre répond de nouveau avec le mot philo. On peut voir dans ce choix de verbes dans le texte grec un appel à un amour pour Jésus, pour Dieu, plus élevé que lamour entre les hommes : Jésus nous invite à laimer, à aimer Dieu, avec le même amour que Dieu nous aime Jésus nous avait déjà invité, dans le sermon sur la montagne, à être parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5,48).
Le magnifique « hymne à lamour » de saint Paul lexprime clairement le rôle que doit avoir lamour dans la vie spirituelle du chrétien :
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je nai pas lamour, je ne suis plus quairain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand jaurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand jaurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je nai pas lamour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je nai pas lamour, cela ne me sert de rien. Lamour est longanime ; lamour est serviable ; il nest pas envieux ; lamour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; il ne fait rien dinconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne sirrite pas, ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de linjustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Lamour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. Lamour ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. Lorsque jétais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, jai fait disparaître ce qui était de lenfant. Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais dune manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant donc demeurent foi, espérance, amour, ces trois choses, mais la plus grande dentre elles, cest lamour (1 Co 13,1-13).
Le fondement théologique de lenseignement chrétien sur lamour est clair et simple ; saint Jean lexprime admirablement : Dieu est amour (1 Jn 4, 8). Il ne suffit pas de dire « Dieu aime » lhomme « aime », mais Dieu est lAmour même et lhomme ressemble Dieu le plus parfaitement par lamour. Saint Jean lexprime ainsi :
Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque lamour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui naime pas na pas connu Dieu, car Dieu est Amour. En ceci sest manifesté lamour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En ceci consiste lamour : ce nest pas nous qui avons aimé Dieu, mais cest lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres (1 Jn 4, 7-11).
Plus loin, saint Jean tire la conclusion de la leçon damour entre Dieu et lhomme, lhomme et Dieu : lamour de lhomme pour Dieu doit se manifester dans lamour pour son prochain :
Quant à nous, aimons, puisque Dieu nous a aimés le premier. Si quelquun dit : « Jaime Dieu » et quil déteste son frère, cest un menteur : celui qui naime pas son frère, quil voit, ne saurait aimer le Dieu quil ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendré aime celui qui est né de lui. Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu à ce que nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements. Car lamour de Dieu consiste à garder ses commandements (1 Jn 4, 19-5, 3).
Dieu a créé lhomme, et lunivers pour lhomme, dans un élan de la surabondance de lamour divin. Il a doté lhomme déléments qui reflètent toute la création, matérielle et spirituelle les Pères appellent lhomme un « microcosme » et Dieu a doté lhomme de caractéristiques divines, dont deux en particulier : une nature personnelle et la liberté. Lamour humain, à linstar de lamour divin, se situe en premier lieu dans le cadre de ces mêmes dimensions. Mais en même temps, comme nous le suggère saint Paul et un grand nombre de saints lamour du chrétien doit sétendre à toute la création : La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité - non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise - c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps (Ro 8,19-23).
Dieu est Amour et lhomme est appelé non seulement à sunir à Dieu, mais à « devenir Dieu ». Les Pères de lÉglise depuis saint Irénée de Lyon (IIe siècle) ne cessent de répéter : « Dieu sest fait homme afin que lhomme devienne Dieu ». Cest la doctrine de la « déification » (théosis), le centre de lanthropologie de Pères. Lhomme est donc appelé à devenir lui aussi amour. Le christianisme ne connaît pas de plus théologie plus élevée, ni denseignement plus profond, que lamour. Toute la vie spirituelle découle de lamour.
Si les chrétiens nont pas toujours répondu à lappel incessant du christianisme à lamour, ce nest pas par manque de clarté dans les paroles du Christ ni dans lenseignement des apôtres, des Pères de lÉglise et des saints de tous les temps.
Dans le Nouveau Testament, Dieu se révèle comme une Unité en Trois Personnes : cest le mystère essentiel du christianisme. Dieu est un par nature, mais il nest pas le monade des philosophes : il est une Trinité de personnes divines, dont les relations sont caractérisées par un amour infini, dépassant toutes les notions humaines de lamour et même de la « perfection de lamour ». Dans le moment infini de Dieu, lamour circule sans cesse, dans un mouvement que les Pères appellent « circumincession ». Cest à la fois le modèle de lamour humain et la finalité de cet amour, car Dieu invite lhomme à participer à la vie, à lamour intime et infini de la Sainte Trinité elle-même.
PAGES AMOUR DIVIN - AMOUR HUMAIN
Le Seigneur-Amour par le père Lev Gillet
L’Approche orthodoxe de l’amour humain par Christos Yannaras
Saint Silouane l’Athonite : De l’Amour
Sur l’Amour par le père Joseph l’Hésychaste
Aime ton prochain comme toi-même par Mgr Georges Khodr
Dieu est Amour par le père Dumitru Staniloae
La Prière pour autrui est la plus élevée par le père Alexandre Men
Seul l’amour peut vaincre la séparation par le père Alexandre Men
L’Union avec Dieu par Mgr Kallistos Ware
Le Sacrement du frère par le père Cyrille Argenti
Amour, sexualité et mariage par Sophie StavrouL’Amour dans l’Islam, le Bouddhisme
et l’Hindouisme : Textes choisisLe Miséricordieux – Le Coran
Le Seigneur de la Compassion – Méditation de Tchenrézi
La Voie de l’amour - Djalâl-Od-Dîn Rûmî
Le Chemin de l’amour – Swâmi Vivekânanda
Le Trésor caché – Ibn Arabi
Sûtras de l’amour divin – Nârada
Je t’ai appelé – Ibn ArabiVOIR AUSSI LES PAGES
« MARIAGE ET VIE CHRÉTIENNE DANS LE MONDE »
LE PARDON DES PÉCHÉS PAR LAMOUR
Jésus dit : Ses nombreux péchés ont été pardonnés: car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu Et il dit à la femme: Tes péchés sont pardonnés . Ta foi ta sauvée, va en paix.
(Lc 7, 47-50).Comment lamour peut-il pardonner les péchés ? Lamour peut tout faire, car lAmour est fort comme la mort (Ct 8,6), lamour brise la puissance du péché comme celle de la mort. Lamour fait partie du repentir ; le repentir nest pas seulement les larmes pour ses fautes, lascèse, la longue mine ; le repentir peut aussi être et doit être la joie dans la certitude que le Christ a pris nos péchés sur lui par la Croix ; nos manquements sont morts avec lui sur la Croix ; et ils sont remplacés par la Résurrection, et la Résurrection, cest la suprême fête de la joie. Lamour de Dieu pour les hommes est signifié par la Croix et la Résurrection : alors lamour est vainqueur du péché. Cest en aimant que je me joins au Christ et quil efface mon péché. Ai-je été infidèle à mon conjoint ou ma conjointe ? Ai-je blessé mon prochain par mes paroles, mes actes ? Ai-je pris le bien de mon voisin ? Ai-je semé le désaccord, été égoïste, me suis-je mis en colère ? Lamour en Christ peut effacer tout cela. Si jai manqué à mes devoirs manqué à lamour dans une relation, et sil nest pas possible de revenir en arrière dans cette relation et la refaire, il est possible de faire pénitence pour ces fautes dans une autre relation damour. La femme pécheresse on ne connaît pas son péché fait pénitence en lexprimant par ses larmes et ses gestes de tendresse envers Jésus, mais ces gestes sont le signe dun amour pur quelle a pour Jésus, et cest cet amour qui est le vrai repentir, non pas les larmes ou tout autre geste extérieur. Jésus le dit clairement : Ses nombreux péchés ont été pardonnés: car elle a beaucoup aimé. Lamour vrai, pur, profond, qui ne cherche pas soi-même, mais lautre, lamour de Dieu, du prochain, des ennemis, sollicite le pardon divin, qui ne manque de venir, car Dieu est amour, celui qui demeure dans lamour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui (1 Jn 4, 16).
Je jette mon âme à leurs pieds
Je jette mon âme à leurs pieds
La douleur d’autrui est brûlante.
Ils trempent dans l’eau la mie de pain
Amer est le miel de leur labeur.
Salle commune d’hôpital
Où quelqu’un meurt à l’instant ;
Comptoir d’un bar où un autre
Boit le lourd oubli des années.
Pesante angoisse sans chemin,
Travaille et tue-toi à la peine ;
Nul au monde ne te montrera
La voie large qui mène en haut.
Tribu insensée, où vas-tu ?
D’usine en fabrique, et après ?
Écoute, au ciel des chocs d’armures,
Bruits d’ailes, lances, tonnerres...
Le combat n’a pas lieu sur terre
Mais au-dessus de l’existence ;
Devant les armées flamboie
L’Archistratège éblouissant.Sainte Marie de Paris
(Mère Marie Skobtsov)
Il y a un dizaine dannées, vers 1994, un ami ma raconté un songe quil a eu. Des êtres spirituels on imagine des anges lavaient pris par la main pour le faire monter au-delà de la terre, très haut, très loin, dans un lieu inconnu. Là, un maître lui avait enseigné que lunivers était composé damour. Les détails du personnage qui enseignait et du lieu étaient perdus, mais mon ami se souvenait davoir dit clairement à la fin de lenseignement : « Maintenant je comprends, tout lunivers, même la matière, est une forme damour ». Puis on le ramenait vers la terre. Ce rêve avait marqué mon ami et il sen souvint bien longtemps, chose exceptionnelle, car généralement il ne se souvenait jamais de ses rêves. Par la suite justement, il en fut troublé : Quest-ce cela voulait dire au juste, que lunivers était composé damour, que même la matière était amour ? Comment la matière peut-elle être amour, une qualité ou un acte spirituel ou psychologique qui se rapporte aux relations entre deux êtres personnels ? Du point de vue rationnel, lenseignement navait pas de sens, contredisait la science ou ouvrait-il une porte vers une autre vision du monde,le monde pénétré, vivifié, même la matière que nous croyons être « inerte », sans vie, par les énergies divines, en loccurrence lamour, énergie divine par excellence, car « Dieu est Amour » (1 Jn 4). Mon ami restait perplexe, incapable de sonder davantage ce mystère. Mais la mémoire du songe ne lui quittait pas, même après de longues années, et en particulier, il se souvenait de la clarté de lenseignement et de la certitude avec laquelle il avait dit : « Maintenant je comprends, même la matière est une forme damour ».
NOS AUTEURS / POUR ALLER PLUS LOIN
(1918-1994) : Prêtre orthodoxe français dorigine grecque, il a desservi dabord la paroisse grecque de Marseille, puis il a été recteur de la paroisse francophone Saint-Irénée à Marseille. Humble et doux de cur, grand pasteur, ses principaux écrits sont réunis dans le livre Naie pas peur (Cerf/Le sel de la terre, 2002).Argenti, (Père) Cyrille
Djalâl-Od-Dîn Rûmî (1207-1273) : Mystique et poète persan, né à Khorâsân (aujourdhui en Iran), décédé à Konya (Turquie moderne), qui devint le centre principal du soufisme, école mystique de lislam. Il fonda les derviches tourneurs et est considéré comme un des principaux représentants et interprètes du soufisme.
Gillet, (Père) Lev (1893-1980) : Moine français entré en communion avec lÉglise orthodoxe en 1928, lhumble " Moine de lÉglise dOrient " - son de plume - a accompli des ministères les plus divers à Paris (1928-1938) et à Londres (1938-1980). Prédicateur et écrivain spirituel inspiré, sa biographe Élisabeth Behr-Sigel le caractérise comme " un libre croyant universaliste, évangélique et mystique ". Voir les Pages Père Lev Gillet.
Ibn Arabi (1165-1240) : Philosophe, mystique et poète arabe, né en Andalousie (Espagne) et décédé à Damas. Auteur dune conception mystique de la vie humaine, qui eut une influence considérable sur le soufisme.
Joseph lHésychaste (1898-1959) : Moine grec du Mont-Athos, un des principaux auteurs du « renouveau monastique » de la Sainte Montagne dans la deuxième moitie du XXe siècle, notamment par linfluence de ses enfants spirituels dans les différents monastères. Voir sa biographie LAncien Joseph lHésychaste (Cerf) et ses Lettres (LÂge dHomme).
Khodr, (Mgr) Georges : Métropolite du Mont-Liban, un des chefs de fil du renouveau de lÉglise antiochienne depuis les années 1950 ; participant actif aux dialogues cuméniques et interreligieux. Nombreux écrits en arabe et en français voir ses livres aux éditions Cerf/Le sel de la terre.
Ladouceur, Paul : Orthodoxe québécois, membre de la paroisse Saint-Benoit-de-Nursie (Montréal) et de la communauté orthodoxe Saint-Séraphim-de-Sarov (Rawdon, Québec), responsable du site web Pages Orthodoxes La Transfiguration, et du Bulletin Lumière du Thabor ; auteur de Rencontre avec lOrthodoxie et de la version anglaise Living Orthodoxy.
Marie de Paris (Sainte) (Mère Marie Skobstov) (1891-1945) : Poète, artiste, théologienne, écrivain russe exilée en France dès 1924. Mariée deux fois, mère de trois enfants, elle devint moniale en 1932 et se dévoua aux pauvres et aux malheureux. Arrêtée en 1942 pour ses activités en faveur des juifs, déportée en Allemagne et décédée au camp de Ravensbrück, elle fut canonisée en 2004. Voir les Pages Sainte Marie de Paris, en particulier ses écrits La piété évangélique, Le second commandement de l'Évangile et De l'imitation de la Mère de Dieu.
Men, (Père) Alexandre (1935-1990) : Prêtre russe, prédicateur et père spirituel qui attira à lÉglise beaucoup de jeunes et dintellectuels en quête dune authentique vie spirituelle. Auteur de plusieurs livres édités en premier lieu à létranger, dont une magnifique vie de Jésus, Jésus, Maître de Nazareth (Nouvelle Cité) et une histoire religieuse de lhumanité. Assassiné le 9 septembre 1990, alors quil était devenu une personnalité très en vue de la « nouvelle Russie ». Voir les Pages Alexandre Men et ses livres aux éditions Cerf/Le sel de la terre.
Nârada : Grand saint hindou des temps anciens, il figure dans les Purâna et le Mahâbhârata, textes importants datant davant lépoque chrétienne. Considéré comme un grand adorateur de Dieu, on lui attribue certains hymnes du Rigveda.
Silouane lAthonite (Saint) (1866-1938) : Moine russe du Mont Athos, grand spirituel et starets, qui vécut dans lhumilité et lobscurité. Sa sainteté fut reconnue par quelques-uns de son vivant, notamment par son disciple lArchimandrite Sophrony, qui le fit connaître par son livre Starets Silouane, Moine du Mont Athos (Présence). Voir les Pages Saint Silouane l'Athonite et Archimandrite Sophrony, en particulier la page LAmour des ennemis.
Staniloae, (Père) Dumitru (1903-1993) : Prêtre roumain, un des plus important théologiens orthodoxes du XXe siècle. Emprisonné six ans (1958-1964) par le régime communiste, il est lauteur de plusieurs écrits importants sur saint Grégoire Palamas, la sotériologie, la théologie mystique et la théologie dogmatique, ainsi que dune Philocalie en douze volumes.
Stavrou, Sophie : Orthodoxe française, elle enseigne le grec à lInstitut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris.
Vivekânanda (Swâmi) (1863-1902) : Le plus important disciple de Râmakrishna, saint hindou du XIXe siècle. Il participa au Parlement mondial des religions à Chicago en 1893 et fonda ou inspira par la suite de nombreuses sociétés Vedânta en Occident. Voir ses écrits sur les différents types de yoga (voie ou pratique hindoue) édités chez Albin Michel.
Ware, (Mgr) Kallistos : Orthodoxe anglais, évêque du Patriarcat cuménique, ancien professeur détudes de lOrient chrétien à Oxford. Un des auteurs et conférenciers orthodoxes contemporains les plus appréciés, à la fois dans les milieux anglophones et francophones. Voir ses livres en français aux éditions Cerf/Le sel de la terre ; aux Pages Orthodoxes, voir Étrange et pourtant familière : Ma voie vers l'Orthodoxie (portrait autobiographique), La voie du repentir, De la mort et de la résurrection, La puissance du Nom et Le rôle du père spirituel.
Yannaras, Christos : Théologien laïc grec, un des plus éminents représentants du renouveau théologique en Grèce dans la deuxième moitie du XXe siècle. Fondateur dune remarquable revue Synoro et participant actif du mouvement Nea Orthodoxia (Nouvelle Orthodoxie), auteur de nombreux livres en grec, dont certains traduits en français : La Foi vivante de lÉglise (Cerf), Vérité et unité de lÉglise (Axios), et Dieu est amour, Liberté de la morale et Philosophie sans rupture (Labor et Fides).
Dernière mise à jour : 01-09-06.
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depuis le 01-09-06.