Le Christ bénissant |
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par le Père Lev Gillet (Un moine de l'Église d'Orient)
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1. FORME DE LA PRIÈRE
2. ÉPISODE OU MÉTHODE
3. LES PREMIERS PAS : ADORATION ET SALUT
4. INCARNATION
5. TRANSFIGURATION
6. LE CORPS DU CHRIST
7. LA CÈNE DU SEIGNEUR
8. LE NOM ET LESPRIT
9. VERS LE PÈRE
10. JÉSUS TOUT ENTIERAPPENDICE I : MÉTHODE PSCHO-PHYSIOLOGIQUE DE LA PRIÈRE
APPENDICE II : LINVOCATION DU NOM DE JÉSUS EN OCCIDENT
LOrient byzantin a désigné, assez inadéquatement, sous le terme de " prière de Jésus " toute invocation centrée sur le nom même du Sauveur. Cette invocation a revêtu des formes diverses, selon que le nom était employé seul ou inséré dans des formules plus ou moins développées. Il appartient dailleurs à chacun de déterminer " sa " propre forme de linvocation du nom. Une cristallisation sest opérée en Orient autour de la formule : " Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ", mais cette formule na pas été et nest pas la seule. Est authentiquement " prière de Jésus ", au sens byzantin, toute invocation répétée dont le nom de Jésus constitue le coeur et la force. On peut dire, par exemple : " Jésus Christ ", ou " Seigneur Jésus. " La formule la plus ancienne, la plus simple, et, à notre avis, la plus facile est le mot " Jésus " employé seul. Cest dans ce sens que nous parlerons ici de la " prière de Jésus ".
Ce mode de prière peut être prononcé ou seulement pensé. Il se trouve donc à la limite entre la prière vocale et la prière mentale, et aussi entre la prière méditative et la prière contemplative. Il peut être pratiqué en tout temps, en tout lieu : église, chambre, rué, bureau, atelier etc. On peut répéter le nom en marchant. Les débutants feront cependant bien de sastreindre à une certaine régularité dans cette pratique et de choisir des heures fixes, des lieux solitaires. Cet entraînement systématique nexclut dailleurs pas lusage parallèle et entièrement libre de linvocation du nom.
Avant de prononcer le nom de Jésus, il faut dabord essayer de se mettre soi-même en état de paix et de recueillement, puis implorer laide du Saint-Esprit par lequel seul on peut dire que Jésus est le Seigneur (1 Co 11,3). Tout autre préliminaire est superflu. De même que, pour nager, il faut se jeter à leau, ainsi faut-il tout dun coup se jeter dans le nom de Jésus. Ce nom ayant été prononcé une première fois avec une adoration aimante, il ny a quà sy attacher, à y adhérer, à le répéter lentement, doucement, tranquillement.
Ce serait une erreur de vouloir " forcer " cette prière, denfler intérieurement la voix, de chercher lintensité et lémotion. Lorsque Dieu se manifesta au prophète Élie, ce ne fut ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais bien dans le calme murmure qui leur succéda (1 Rs 19). Il sagit de concentrer peu à peu tout notre être autour du nom et de laisser celui-ci, comme une tache dhuile, pénétrer et imprégner silencieusement notre âme. Dans lacte dinvocation du nom, il nest pas nécessaire de répéter ce dernier dune manière continue. Le nom prononcé peut se " prolonger " dans des minutes de repos, de silence, dattention purement intérieure : tel un oiseau alterne le battement dailes et le vol plané. Toute tension, toute hâte doivent être évitées. Si la fatigue survient, il faut interrompre linvocation et la reprendre simplement lorsquon sy sentira disposé.
Le but à atteindre et non une répétition littérale constante mais une sorte de latence et de quiescence du nom de Jésus dans notre coeur : Je dors, mais mon coeur veille (Ct 5,2). Et que lon bannisse toute sensualité spirituelle, toute recherche de lémotion. Sans doute il est naturel que nous espérions obtenir des résultats en quelque sorte tangibles, que nous voulions au moins toucher la frange du vêtement du Sauveur et ne le point laisser aller quil ne nous ait bénis ; mais ne pensons pas quune heure où nous aurons invoqué le nom sans rien " sentir ", en demeurant apparemment froids et secs, ait été une heure perdue et inféconde. Cette invocation que nous pensions avoir été stérile sera au contraire très acceptable à Dieu, parce que techniquement pure, si lon peut dire, parce que dépouillée de toute préoccupation de délices spirituelles et réduite à une offrande de la volonté nue. Dailleurs, dans sa gracieuse miséricorde, le Sauveur enveloppe souvent son nom dune atmosphère de joie, de chaleur et de lumière : Ton nom est un parfum répandu... Attire-moi (Ct 1,3-4).
2. ÉPISODE OU MÉTHODE
Linvocation du nom sera pour certains un épisode sur leur route spirituelle ; pour dautres elle sera plus quun épisode, elle sera lune des méthodes dont ils se servent habituellement, sans être toutefois la méthode ; pour dautres enfin, elle deviendra la méthode autour de laquelle sorganisera toute la vie intérieure. Décider, par un choix arbitraire, par un caprice, que ce dernier cas sera le nôtre serait bâtir un édifice qui sécroulera misérablement. On ne choisit pas la " prière de Jésus ". On y est appelé et conduit par Dieu, sil le juge bon. On sy consacre par obéissance à une vocation très spéciale, pour autant que dautres obéissances nont as un droit de priorité. Si cette forme de prière ne fait pas obstacle à dautres formes auxquelles nous nous devons en vertu de notre état, si elle saccompagne dun attrait pressant, si elle produit en nous des fruits de pureté, de charité et de paix, si nos conducteurs spirituels autorisés nous encouragent, il y a là, sinon des signes dun appel, du moins des indices qui méritent dêtre humblement et attentivement considérés.
La " voie du Nom " a été sanctionnée par beaucoup de Pères monastiques orientaux et aussi par plusieurs saints dOccident ; elle est donc légitime et demeure ouverte. Mais lon évitera tout zèle indiscret, toute propagande intempestive ; on ne criera pas avec une ferveur mal éclairée : " Cest la meilleure prière ", et encore moins : " Cest la seule prière ". On gardera dans leur pénombre les secrets du Roi. Ceux qui sont soumis à une communauté ou à une règle verront dans quelle mesure la voie du Nom est compatible avec les méthodes auxquelles ils doivent obéissance ; lautorité compétente les aidera dans ce discernement.
De la prière liturgique ; nous navons rien à dire ici ; elle ne saurait entrer en conflit avec loraison individuelle et intérieure dont nous traitons. Nous nous garderons bien de suggérer à ceux dont la prière est un dialogue authentique avec le Seigneur ou à ceux qui se sont établis dans le grand silence des états contemplatifs dabandonner leur oraison pour pratiquer la " prière de Jésus ". Nous ne déprécierons aucune forme de prière. Car la meilleure prière est, en définitive, pour chacun, celle, quelle quelle soit, où lacheminent le Saint-Esprit, et les circonstances, et des directions autorisées. Ce que nous dirons avec sobriété et vérité en faveur de la " prière de Jésus ", cest quelle aide à simplifier et à unifier notre vie spirituelle. Alors que des méthodes compliquées dispersent et fatiguent lattention, cette prière qui consiste en un seul mot possède un pouvoir dunification, dintégration, bienfaisant aux âmes divisées dont le nom et le péché " est légion " (Mc 5,9). Le nom de Jésus, devenu le foyer dune vie, rassemble tout. Mais quon naille pas simaginer que linvocation du nom soit un moyen court qui dispense des purifications ascétiques. Le nom de Jésus est lui-même un instrument dascèse, un filtre au travers duquel ne doivent passer que les pensées, les paroles, les actes compatibles avec la divine et vivante réalité que ce nom symbolise. La croissance du nom dans notre âme implique une décroissance correspondante du moi séparé, la mort quotidienne à légoïsme dont tout péché découle.
3. LES PREMIERS PAS : ADORATION ET SALUT
Il y a des degrés dans la " prière de Jésus ". Elle sapprofondit et se dilate selon que nous découvrons dans le nom un contenu nouveau. Elle doit débuter comme adoration et sentiment de présence. Puis cette présence est éprouvée comme celle dun Sauveur (car tel est le sens du mot " Jésus "). Linvocation du nom est un mystère de salut en tant quil apporte une délivrance. Prononçant le nom, nous recevons déjà ce dont nous avons besoin. Nous le recevons dès maintenant en Jésus qui est, non seulement le donateur, mais le don ; non seulement le purificateur, mais toute pureté ; non seulement le nourricier des affamés et celui qui désaltère les assoiffés, mais la nourriture et le breuvage. Il est la substance de toutes choses bonnes (si nous ne prenons pas ce terme dans un sens rigoureusement métaphysique).
Son nom rend la paix à ceux qui sont tentés : au lieu de discuter avec la tentation, au lieu de considérer la tempête qui fait rage (ce fut, sur le lac, le tort de Pierre après son bon commencement), pourquoi ne pas regarder à Jésus seul et aller vers lui en marchant sur les flots, prenant refuge dans son nom ? Que lhomme tenté se recueille doucement et prononce le nom sans anxiété, sans fièvre, et que de ce nom il emplisse son coeur et fasse un barrage contre les vents mauvais. Et, si un péché a été commis, que le nom serve de réconciliation immédiate. Sans hésitations, sans retard, quil soit prononcé avec repentance, avec charité parfaite, et il deviendra aussitôt un signe de pardon ; et Jésus reprendra tout naturellement sa place dans la vie du pécheur, de même que, ressuscité, il revint sasseoir si simplement à la table où les disciples qui lavaient délaissé lui présentaient du poisson et du miel. Il ne sagit évidemment pas de rejeter ou de sous-estimer les moyens objectifs de pénitence et labsolution que lÉglise offre au pécheur : nous ne parlons ici que de ce qui se passe dans le secret de lâme.
4. INCARNATIONLe nom de Jésus est plus quun mystère de salut, plus quun secours dans les besoins, plus quun pardon après le péché. Il est un moyen par lequel nous pouvons nous appliquer à nous-mêmes le mystère de lIncarnation. Au-delà de la présence, il apporte lunion. En prononçant le nom, nous intronisons Jésus dans nos coeurs, nous revêtons le Christ ; nous offrons notre chair à la Parole pour quelle lassume dans son Corps mystique ; nous faisons déborder jusque dans nos membres soumis à la loi du péché la réalité intérieure et la force du mot " Jésus ". Nous sommes ainsi rendus purs et consacrés. Pose-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras (Ct 8,6). Ce nest pas seulement une approche personnelle du mystère de lIncarnation que nous procure linvocation du nom de Jésus. Par cette prière nous entrevoyons la plénitude de celui qui remplit tout en tous (Ép 1,23).
5. TRANSFIGURATION
Le nom de Jésus est un instrument, une méthode de transfiguration. Prononcé par nous, il nous aide à transfigurer (sans aucune confusion panthéiste) le monde entier en Jésus Christ. Cela est vrai de la nature inanimée elle-même. Lunivers matériel, qui nest pas seulement le symbole visible de linvisible beauté divine, mais qui sefforce en gémissant vers le Christ et dont un mouvement mystérieux élève tout le devenir vers le Pain et le Vin du salut, cet univers murmure secrètement le nom de Jésus : ...les pierres elles-mêmes crieront... (Lc 19,40), et il appartient au ministère sacerdotal de chaque chrétien dexprimer cette aspiration, de prononcer le nom de Jésus sur les éléments de la nature, les pierres et les arbres, les fleurs et les fruits, la montagne et la mer, de donner son accomplissement au secret des choses, dapporter la réponse à cette longue, muette et inconsciente attente.
Nous pouvons aussi transfigurer le monde animal. Jésus proclama quaucun passereau nest oublié du Père et qui séjourna dans le désert avec les animaux (Mc 1,13), na pas laissé les bêtes hors de sa bonté et de son influence. Comme Adam dans le paradis nous avons à donner un nom à tous les animaux ; quel que soit le nom que la science leur donne, nous invoquerons sur chacun deux le nom de Jésus, leur rendant ainsi leur dignité primitive que si souvent nous oublions et rappelant quils sont créés et aimés par le Père en Jésus et pour Jésus.
Mais cest surtout par rapport aux hommes que le nom de Jésus nous aide à exercer un ministère de transfiguration. Jésus, qui, après la Résurrection, voulut plusieurs fois apparaître aux siens sous une autre forme (Mc 16,12) - le voyageur inconnu sur la route dEmmaüs, le jardinier près de la tombe, létranger debout sur la rive du lac - continue à nous rencontrer, voilé, dans notre vie quotidienne et à nous confronter avec cet aspect si important de sa présence : sa présence en lhomme. Ce que nous faisons au moindre dentre nos frères, cest à lui que nous le faisons. Cest sous les traits des hommes et des femmes que nous pouvons, par les yeux de la foi et de lamour, voir la face du Seigneur ; cest en nous penchant vers la détresse des pauvres, des malades, des pécheurs, de tous les hommes, que nous pouvons poser notre doigt sur la marque des clous, plonger notre main dans le côté percé, acquérir la conviction personnelle de la Résurrection et de la présence réelle (sans confusion dessence) de Jésus Christ dans son corps mystique, et dire avec Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jn 20,28). Or le nom de Jésus est un moyen concret et puissant de transfigurer les hommes en leur plus profonde et divine réalité. Ces hommes et ces femmes que nous croisons dans la rue, lusine, le bureau, et ceux-là surtout qui nous semblent irritants et antipathiques, allons vers eux avec le nom de Jésus dans notre coeur et sur nos lèvres ; prononçons silencieusement sur eux ce nom (qui est leur vrai nom) ; nommons-les de ce nom dans un esprit dadoration et de service.
Consacrons-nous à eux dune manière pratique, si cest possible, ou tout au moins par une aspiration intérieure, et cest à Jésus Christ quen eux nous nous consacrons ; par la reconnaissance et ladoration silencieuse de Jésus emprisonné dans le pécheur, dans le criminel, dans la prostituée, nous délivrons dune certaine manière et ces pauvres geôliers et notre Maître. si nous voyons Jésus en chaque homme, si nous disons " Jésus " sur chaque homme, nous irons par le monde avec une vision nouvelle et avec un don nouveau de notre propre coeur. Nous pouvons ainsi (autant quil est en nous) transformer le monde et faire nôtre la parole de Jacob à son frère Jai vu ta face, et cest comme si javais vu la face de Dieu (Gn 33,10).
6. LE CORPS DU CHRIST
Linvocation du nom de Jésus a un aspect ecclésial. En ce nom nous rencontrons tous ceux qui sont unis au Seigneur et au milieu desquels il se tient. En ce nom nous pouvons enclore tous ceux que le coeur divin renferme. Intercéder pour un autre, cest moins plaider pour lui auprès de Dieu quappliquer à son nom le nom de Jésus et adhérer à lintercession de Notre Seigneur lui-même pour ses aimés. Nous touchons ici au mystère de lÉglise. Là où est Jésus Christ, là est lÉglise. Quiconque est en Jésus est dans lÉglise. Le nom de Jésus est un moyen de nous unir à lÉglise, car Église est dans le Christ. Elle y est sans souillure. Ce nest pas que nous puissions nous désintéresser de lexistence et des problèmes de lÉglise sur terre, ni fermer les yeux aux imperfections et à la désunion des chrétiens. Nous ne séparerons pas les aspects visible et invisible de lÉglise ; nous ne les opposerons pas. Mais nous savons que ce qui est impliqué dans le nom de Jésus, cest laspect sans tache, spirituel et éternel de lÉglise qui transcende toute manifestation terrestre et quaucun schisme ne peut déchirer.
La parole de Jésus à la Samaritaine sur lheure qui vient et est déjà venue (Jn 4,23) où les vrais adorateurs adoreront le Père, non plus à Jérusalem ou à Garizim, mais en esprit et en vérité, cette parole présente une apparente contradiction. Comment lheure peut-elle être déjà venue et être encore à venir ? Ce paradoxe sexplique par le fait que la Samaritaine se tenait à ce moment devant Jésus. Certes lopposition entre Jérusalem et Garizim subsistait, et Jésus, loin de la minimiser, avait déclaré que le salut vient des Juifs : lheure était donc encore à venir. Mais, parce que Jésus était là et quen sa personne Jérusalem et Garizim se trouvent infiniment dépassées, lheure était déjà venue. Nous sommes dans une situation analogue lorsque nous invoquons le nom du Sauveur. Nous ne pouvons croire que des interprétations divergentes de lÉvangile soient vraies ou que des chrétiens divisés possèdent la même mesure de lumière ; mais nous croyons que ceux qui, prononçant le nom de Jésus, essayent de sunir à leur Seigneur par un acte dobéissance inconditionnelle et de charité parfaite dépassent les divisions humaines, pari quelque manière à lunité surnaturelle du Corps mystique du Christ et sont des membres sinon visibles et explicites, du moins invisibles et implicites de lÉglise. Et ainsi linvocation du nom de Jésus, faite dun coeur intègre, est une voie vers lunité chrétienne.
Elle nous aide aussi à rejoindre cri Jésus les fidèles défunts. À Marthe qui affirmait sa foi en la résurrection future, Jésus répondait : Je suis la résurrection et la vie (Jn 11,25). Cest-à-dire que la résurrection des morts est autre chose quun événement futur ; que la personne du Christ ressuscité est déjà la résurrection et la vie de tous les rachetés ; et quau lieu de chercher, soit dans la prière, soit par la mémoire ou limagination, à établir un contact spirituel direct entre nos défunts et nous-mêmes, cest en Jésus, où se trouve maintenant leur vraie vie, que nous devrions nous efforcer de les atteindre, liant leurs propres noms le nom de Jésus. Ces morts, dont la vie est cachée dans le Christ, constituent lÉglise céleste, la partie la plus nombreuse de lÉglise éternelle et totale. Dans le nom de Jésus nous rejoignons les saints qui portent son nom sur leur front (Ap 22,4),et les anges dont lun dit à Marie : Tu appelleras ton fils du nom de Jésus (Lc 1,31), et Marie elle-même ; puissions-nous, dans lEsprit, désirer entendre et répéter le nom de Jésus comme Marie lentendit et le répéta !
7. LA CÈNE DU SEIGNEUR
Le nom de Jésus peut devenir pour nous une sorte dEucharistie. De même que le mystère de la chambre haute résumait la vie et la mission du Seigneur, ainsi un certain usage "eucharistique" du nom de Jésus rassemble et unifie les aspects de ce nom jusquici considérés. LEucharistie sacramentelle ne rentre pas dans les limites de notre thème. Mais notre âme est aussi une chambre haute où Jésus désire manger la pâque avec ses disciples et où la Cène du Seigneur peut être célébrée à nimporte quel moment dune manière invisible. Dans cette Cène purement spirituelle, le nom du Sauveur peut prendre la place du pain et du vin du sacrement. Nous pouvons faire du nom de Jésus une offrande daction de grâces (et cest là le sens originel du mot " eucharistie "), le support et la substance dun sacrifice de louange rendu au Père. Dans cette offrande intérieure et invisible, nous présentons au Père, en prononçant le nom de Jésus, un Agneau immolé, une vie donnée, un corps brisé, un sang répandu. Le nom sacré, dans cet usage sacrificiel qui en est fait, devient un moyen dappliquer les fruits de loblation unique et parfaite du Golgotha.
Il ny a pas de Souper du Seigneur sans communion. Notre Eucharistie invisible implique ce que la tradition a appelé " communion spirituelle ", cest-à-dire lacte de foi et de désir par lequel lâme se nourrit du corps et du sang du Christ sans user des éléments visibles du pain et du vin. Loin de nous toute pensée de diminuer, de sous-estimer le sacrement de lEucharistie tel que lÉglise le pratique et que nous ne saurions simplement identifier à la communion spirituelle. Mais nous croyons être dans la tradition authentique de lÉglise en proclamant la réalité dun accès constant, invisible, purement spirituel, au corps et au sang du Christ, accès distinct dune approche générale de sa personne, car il implique une relation spéciale entre nous-mêmes et le Sauveur considéré comme nourricier et nourriture des âmes. Or le nom de Jésus peut servir de forme, de support, dexpression à cet accès. Il peut nous être une nourriture spirituelle, une participation au Pain de Vie. Seigneur, donne-nous toujours de ce pain (Jn 6,34). Dans ce nom, dans ce pain, nous nous unissons à tous les membres du Corps mystique du Christ, à tous ceux qui sasseyent au banquet du Messie, nous qui étant nombreux formons un seul pain et un seul corps (1 Co 10,17). Et, puisque lEucharistie annonce la mort du Seigneur jusquà ce quil vienne (1 Co 2, 26), puisquelle est une anticipation du royaume éternel, lusage" eucharistique du nom de Jésus possède aussi une signification " eschatologique " : il annonce la " fin " et le Second Avènement, il est une aspiration ardente, non seulement aux irruptions occasionnelles du Christ dans notre existence terrestre, mais à cette venue définitive du Christ jusquà nous que sera le moment de notre mort. Il y a une certaine manière de prononcer le nom de Jésus qui constitue une préparation à la mort, un bond de notre coeur au-delà de la barrière, un appel suprême au Fiancé que, sans lavoir vu, nous aimons (1 P 1,8). Dire " Jésus ", cest alors répéter le cri de lApocalypse : Viens, Seigneur Jésus ! (Ap 22,20).
8. LE NOM ET LESPRIT
Quand nous lisons le livre des Actes, nous voyons quelle place centrale le nom de Jésus occupait dans le message et laction des Apôtres. Par ceux-ci le nom du Seigneur Jésus était glorifié (Ac 19,17) ; cest en ce nom que les signes miraculeux étaient accomplis et que les vies étaient changées. Après la Pentecôte, les Apôtres devinrent capables dannoncer le Nom avec puissance. Il y a là un usage " pentécostal " du nom de Jésus, usage qui nest pas le monopole des Apôtres, mais qui demeure ouvert à tous les croyants. Seule la faiblesse de notre foi et de notre charité nous empêche de renouveler au nom de Jésus les fruits de la Pentecôte, de chasser les démons, dimposer les mains aux malades et de les guérir. Ainsi continuent de faire les saints. LEsprit écrit le nom de Jésus en lettres de feu dans le coeur de ses élus. Ce nom y est une flamme ardente.
Mais il existe, entre le Saint-Esprit et linvocation du nom de Jésus, un lien autre et plus intérieur que le ministère " pentécostal " du chrétien. En prononçant le nom du Sauveur, nous pouvons obtenir une certaine " expérience " (ce mot étant employé avec toutes les réserves qui simposent) de la relation entre le Fils et lEsprit. Nous pouvons nous efforcer de coïncider avec la descente de la colombe sur Notre Seigneur, unir notre coeur (pour autant quune créature se puisse unir à une activité divine) à léternel mouvement de lEsprit vers Jésus. Oh, si javais les ailes de la colombe ! (Ps 54,7) non seulement pour prendre lenvol loin des tristesses terrestres mais pour me poser sur celui qui est tout mon bien ! Oh si je savais entendre la voix de la tourterelle (Ct 2, 12), prononcer avec des gémissements ineffables (Ro 8,26) le nom du Bien-Aimé ! Alors linvocation du nom de Jésus serait une initiation au mystère du rapport damour entre le Christ et lEsprit.
Et, dautre part, nous pourrions nous efforcer de coïncider (toujours toutes proportions gardées) avec lattitude de Jésus envers lEsprit-Saint. Conçu de lEsprit, poussé par lEsprit, Jésus a montré la plus humble docilité envers le souffle du Père. Prononçant le nom de Jésus, unissons-nous (autant quil peut être donné à un homme) à lentière remise que Jésus a faite de sa vie à ce souffle divin. Voyons aussi dans le nom de Jésus un foyer doù lEsprit rayonne, voyons en Jésus le point de départ doù lEsprit est envoyé aux hommes, la bouche doù lEsprit est insufflé sur nous. Linvocation du nom de Jésus, nous associant à ces divers moments - lemplissement de Jésus par lEsprit, lenvoi de lEsprit aux hommes par Jésus, et aussi laspiration de Jésus vers le Père - nous fera croître dans la connaissance et lintimité de celui que Paul appelle lEsprit du Fils (Ga 4,6).
9. VERS LE PÈRE
Il y a le Fils. Et il y a le Père. Notre lecture de lÉvangile demeurera superficielle tant que nous y verrons seulement une vie et un message tournés vers les hommes. Le coeur de lÉvangile, le mystère de Jésus est le rapport entre le Père et le Fils unique. Prononcer le nom de Jésus, cest prononcer la Parole qui était au commencement (Jn 1,1), la Parole que le Père prononce de toute éternité. Le nom de Jésus, pourrions-nous dire (avec quelque anthropomorphisme aisément rectifiable), est la seule parole humaine que le Père prononce, tandis quil engendre le Fils et se donne à lui.
Prononcer le nom de Jésus, cest nous approcher du Père, cest contempler lamour et le don du Père se concentrant sur Jésus, cest sentir (dans notre pauvre mesure) quelque chose de cet amour et nous y associer de loin, cest entendre la voix du Père déclarant : Tu es mon Fils bien-aimé (Lc 3,22) et dire humblement " Oui " à cette déclaration. Prononcer le nom de Jésus, cest, dautre part, autant te le peut une créature, entrer dans la conscience filiale du Christ. Cest, après avoir trouve dans le mot " Jésus " le tendre appel du Père : " Mon Fils ! ", y trouver aussi la tendre réponse du Fils : "Mon Père ! " Cest reconnaître en Jésus lexpression parfaite du Père, nous unir à léternelle orientation du Fils vers le Père, à loffrande totale du Fils à son Père. Prononcer le nom de Jésus, cest (sil est permis de parler ainsi) joindre de quelque manière le Fils au Père et entrevoir quelque reflet du mystère de leur unité. Cest trouver le meilleur accès au coeur du Père.
10. JÉSUS TOUT ENTIER
Nous avons considéré divers aspects de linvocation du nom de Jésus. Nous les avons disposés selon une sorte déchelle ascendante, peut-être pédagogiquement utile, mais artificielle, car, en fait, des degrés se mêlent et Dieu ne donne pas lEsprit avec mesure (Jn 3,34). À tel ou tel stage de la pratique de linvocation du nom de Jésus, il peut être bon, nécessaire même, de se concentrer sur un aspect particulier du nom divin.
Mais un moment vient où une telle particularisation devient pesante, difficile, parfois même impossible. La considération et linvocation du nom de Jésus deviennent alors globales. Toutes les implications du nom nous deviennent simultanément, quoique confusément, présentes. Nous disons " Jésus ", et nous nous reposons dans une plénitude, une totalité quil ne nous est plus possible de disjoindre. Le nom de Jésus devient alors porteur du Christ total. Il nous introduit dans la Présence totale. En celle-ci se trouvent données toutes les réalités vers lesquelles le Nom nous a été un moyen dapproche : le salut et le pardon, lIncarnation et la Transfiguration, lÉglise et lEucharistie, lEsprit et le Père. Toutes choses nous apparaissent alors comme réunies en Christ (Ép 1,10). La Présence totale est tout. Sans elle le Nom nest rien. Qui a atteint la Présence na plus besoin du Nom. Le Nom nest que le support de la Présence, et, au terme de la toute, nous devons devenir libres du Nom lui-même, libres de tout, sauf de Jésus, du contact vivant et indicible avec sa Personne. Le rayon de lumière rassemble les couleurs diverses que le prisme disperse. Ainsi le " Nom total ", signe et portent de la Présence totale ; agit comme une lentille qui reçoit et concentre la blanche lumière de Jésus. Cette lentille - le Nom de Celui qui est la lumière du monde - nous aide à allumer le feu dont il a été dit : Je suis venu mettre le feu sur la terre (Lc 12,49). Si nous nous attachons au nom de Jésus, nous recevrons la bénédiction spéciale que lÉcriture promet : Sois-moi miséricordieux, comme tu es accoutumé de lêtre à ceux qui aiment ton nom (Ps 118,132). Et puisse le Seigneur, veuille le Seigneur dire de nous ce quil disait de Saul : Il mest un vase choisi pour porter mon nom (Ac 9,15).
APPENDICE I : MÉTHODE PSCHO-PHYSIOLOGIQUE DE LA PRIÈRE
Nous navons pas à la défendre, mais nous voudrions, dans une certaine mesure, lexpliquer. Le ralentissement ou la rétention de la respiration est un moyen bien connu de se mettre dans un état de calme. Un homme dune spiritualité aussi intérieure et profonde que Vladimir Soloviev recommandait ce procédé. Saint Ignace, dans ses Exercices, conseille de prier comme en mesure " dune respiration à lautre ". Chaque mouvement respiratoire peut exhaler une prière. De plus, les hésychastes ont attaché une grande importance à maintenir " lesprit dans les limites du corps " ; il sagit dempêcher lesprit de se disperser dans les choses, ce qui arrive par lexercice des fonctions visuelles, tactiles, locomotrices, etc. Si lon retient sa respiration, si en même temps on reste immobile, les yeux fermés ou baissés, et si cette attitude corporelle saccompagne dun effort psychologique pour " ramener lesprit dans le corps " et ne pas dépasser les limites du corps, cette opération, presque impossible à décrire, produit une impression de gêne (qui peut devenir douloureuse), mais aussi de coïncidence aiguë entre lesprit et le corps et de concentration intense.
Quant à l" omphaloscopie " ou fixation du regard sur le nombril, ni le nom ni la chose ne correspondent à ce que recommande lhésychasme. Il na jamais été question dune contemplation du nombril, ce qui serait du pur yoghisme. Il sagit, dans une posture assise, de fixer le regard sur le milieu du corps. Le nombril exprime, assez naïvement, un point de fixation, un axe de direction ; mais on peut dire avec autant de justesse quil faut diriger le regard sur la poitrine. " Pratique bizarre, presque scandaleuse ", écrit le P. Jugie, dans son article sur Grégoire Palamas. Encore faut-il essayer de la comprendre. Il sagit de " trouver le lieu du coeur ", de faire descendre lesprit dans le coeur. Faisant abstraction dune physiologie périmée, cela signifie quil faut, en concentrant les regards dans la direction du coeur, simaginer vivement son propre coeur comme le lieu symbolique de la vie affective et volitive, de lamour, puis jeter dans ce brasier nos pensées " intellectuelles " et les laisser séchauffer, séclairer et prendre feu au contact de cette flamme, jusquà ce quun cri brûlant vers Jésus jaillisse et sélève.
Dautre part, cette attitude physique, tête inclinée vers le coeur, est en rapport avec le " mouvement circulaire ". Le Pseudo-Denys avait écrit : " Le mouvement de lâme est circulaire : lenroulement de ses puissances intellectuelles sous forme dunité lui donne la même continuité quà une roue " (Des noms divins, ch. 4). Ce mouvement cyclique de loraison exprime leffluence de lesprit dans le coeur, la circumincession de lintellect et de lamour. Il préfigure aussi, si grossièrement que ce soit, la circumincession de la Trinité, la communication damour des Trois Personnes. La célèbre icône de la Trinité dAndré Roublev, qui est peut-être la plus haute expression artistique de lOrthodoxie, suggère nettement, en ses moindres détails, un mouvement circulaire (dans le sens contraire à celui des aiguilles dune montre). Bref, il sagit, par des attitudes corporelles, de créer de puissantes représentations mentales qui, à leur tour, déclenchent certains dynamismes psychiques.
Létroit rapport des représentations mentales avec les arrangements spatiaux a été souligné par la moderne Gestalt-psychologie. En ce qui concerne la vision lumineuse à laquelle aboutirait la prière de Jésus, distinguons quatre cas. Dabord le cas de la perception, par les organes naturels, dune lumière surnaturellement produite ; cela est arrivé à des saints et à des pécheurs. Puis, très au-dessus, comme un cas limite, la perception surnaturelle, mais non sensible ou physique, et par suite transcendant la psychologie normale, dune lumière surnaturelle ; cest la lumière de la Transfiguration vue, non par les organes normaux, mais par des yeux déjà transfigurés. Au plus bas de léchelle, il y aurait un emploi purement symbolique du mot " lumière ", le nom de Jésus devenant, dans un sens figuré, le soleil de lâme. Entre ce cas et le premier envisagé, il y aurait place pour un cas intermédiaire : la pratique constante ou fréquente de la prière de Jésus peut mettre lorant dans un état intérieur habituel de " luminosité ". Même sil ferme les yeux, il a limpression dêtre pénétré par une clarté et de se mouvoir dans la lumière. Cest plus quun symbole ; cest moins quune perception sensible et ce nest assurément pas une extase ; mais cest quelque chose de réel, quoique indescriptible. Nous nentrons pas ici dans la question " palamite " des rapports entre lessence de Dieu et la lumière divine. Rappelons seulement que la mystique orientale a toujours été une mystique de la lumière (déjà les Hébreux avec la Schékinah et la " gloire ". Dieu est lumière.
APPENDICE II : LINVOCATION DU NOM DE JÉSUS EN OCCIDENT
LÉglise romaine a une fête du Saint Nom de Jésus (ce que na pas lÉglise orthodoxe) ; depuis Pie X, cette fête est célébrée le dimanche situé entre le 1er janvier et lÉpiphanie ou, à son défaut, le 2 janvier. La messe et loffice de la fête ont été composés par Bernardin de Busti (+ 1500) et approuvés par le pape Sixte IV. Originellement confinée aux couvents franciscains, la fête fut plus tard étendue à toute lÉglise. Le style des collectes se ressent de lépoque où elles furent composées et diffère beaucoup de lancien style romain. On ne peut quadmirer la beauté des leçons de lÉcriture et des homélies de saint Bernard choisies pour matines. Les hymnes Jesu dulcis memoria, Jesu rex admirabilis, faussement attribuées à saint Bernard, sont empruntées à un jubilus écrit par un inconnu du XIIe siècle. Les litanies du Saint Nom de Jésus, approuvées par Sixte V, sont dorigine douteuse ; peut-être furent-elles composées, vers le début du XVe siècle, par saint Bernardin de Sienne et saint Jean de Capistran. Ces litanies, comme le montrent les invocations : " Jésus, splendeur du Père... Jésus, soleil de justice... Jésus, doux et humble de coeur... Jésus, amateur de chasteté... etc. " sont consacrées aux attributs plutôt quau nom même de Jésus ; on pourrait, jusquà un certain point, les comparer à 1acathiste du " très doux Jésus " dans lÉglise byzantine.
On sait de quelle dévotion fût entouré le monogramme IHS ; celui-ci ne signifie, pas, comme on le dit souvent : Jesus Hominum Salvator, mais représente simplement une abréviation du nom de Jésus. Les Jésuites, surmontant la H dune croix, ont fait de ce monogramme lemblème de la Compagnie. En 1564 le pape Pie IV approuvait une Confraternité des Très Saints Noms de Dieu et de Jésus qui, devenue plus tard Société du Saint Nom de Jésus, existe encore. Cette fondation était une conséquence du concile de Lyon de 1274, qui prescrivit une dévotion spéciale envers le nom de Jésus.
LAngleterre du XVe siècle usait dun Jesus Psalter composé par Richard Whytford ; ce psautier de Jésus comprend une série de pétitions dont chacune débute par la triple mention du Nom sacré ; il est encore en usage et nous en avons sous les yeux un exemplaire tout récent.
Le grand propagateur de la dévotion au nom de Jésus pendant le bas moyen âge fut saint Bernardin de Sienne (1380-1444) ; il recommandait de porter des tablettes sur lesquelles était inscrit le signe IHS et, en substituant ces tablettes aux symboles guelfes et gibelins dont les murs étaient couverts, il croyait sceller la pacification des coeurs (P. Thureau-Dangin, Saint Bernardin de Sienne, Paris, 1896). Cette propagande lui valut dêtre attaqué par lAugustin André Biglia, dans un long mémoire et deux livres, de ton modéré (Le Mémoire dAndré Biglia et la prédication de saint Bernardin de Sienne, texte avec introduction et notes du Père B. de Gaiffier dans les Analecta Bollandiana, t. 53, 1935, pp. 307-365), et dans un mémoire plus violent de lAugustin André de Cascia au pape Martin V où on lit : " Ce culte détruit la foi en la sainte Trinité, il rabaisse la dignité de lhumanité du Christ ; il annule le culte de la croix. " Martin V et Eugène IV donnèrent néanmoins raison à Bernardin. Mais lhumaniste Poggio dénonçait ce quil appelait illa jesuitas et " limpudence de ces hommes qui, attachés au seul nom de Jésus, fomentent une hérésie nouvelle ".
Saint Jean de Capistran, disciple de Bernardin, était aussi un propagateur fervent de la dévotion au nom de Jésus. Les deux saints appartenaient à la famille religieuse de saint François dAssise. On sait que François lui-même sattendrissait au nom de Jésus. Le culte du Saint Nom devint une tradition franciscaine ; et il est bien significatif quune version Italienne des Fioretti, exécutée à Trevi en 1458 par un Frère mineur de la réforme de saint Bernardin, contienne un chapitre additionnel sur les témoignages du culte rendu par saint François au nom de Jésus (E. Landry, Contribution à létude critique des Fioretti de saint François dAssise, dans les Annales de la faculté des Lettres de Bordeaux et des Universités du Midi, IVe série, t. I, 1901, pp. 138-145).
Mais cest en définitive Bernard de Clairvaux, au XIIe siècle, que le nom de Jésus a le plus inspiré. Quon lise surtout son sermon XV sur le Cantique des cantiques (PL, t. 183, 483-487). Commentant lassimilation du nom de Jésus à une huile répandue faite par le Cantique, il développe lidée que le Nom sacre, ainsi que lhuile, éclaire, nourri, oint. " Nest-ce pas dans la lumière de ce nom que Dieu nous a appelés à son admirable lumière ? " (On se rappellera les hésychastes.) " Le nom de Jésus est non seulement une lumière, mais il est une nourriture. " Ce nom castas fovet affectiones, et voici une splendide clarté lancée sur les rapports de la prière de Jésus avec lamitié humaine ou lamour conjugal.
Et enfin : " Si tu écris, je ne goûte pas tes écrits, à moins que je ny lise le nom de Jésus. Si tu discutes ou confères, je ne goûte pas ta parole, à moins que le nom de Jésus ny résonne. Jésus est un miel dans la bouche, une mélodie à loreille, une jubilation dans le coeur... Mais [le Nom] est aussi un remède. Quelquun de nous est-il triste ? Que Jésus vienne dans son coeur et que, de là, il jaillisse sur sa bouche... Quelquun tombe-t-il dans des crimes ?... Sil invoque le nom même de la vie, ne respirera-t-il pas aussitôt lair de la vie ? " Ces passages contiennent la plus profonde théologie du Nom sacré.
Extrait du livre par "Un moine de lÉglise dOrient",
La prière de Jésus, Chevetogne/Seuil (Livre de vie), 1963.
Reproduit avec l'autorisation du Monastère de Chevetogne.
Prière de
Jésus - Prière du Coeur
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